Portraits de champions : Mahatua

Retrouvez ci-dessous l’interview que le magazine Tahitee Time avait réalisé de Mahatua en 2019.

Aujourd’hui, Mahatua ne joue plus au golf…. Avec le Covid-19, il a arrêté et n’a pas repris. Depuis juin 2021, il est gestionnaire d’un golf du côté de Lyon. Nous vous donnerons des nouvelles de lui prochainement.

 

NOM : BERNIERE

PRENOM : Mahatua

Le golf à haut niveau

 

Mahatua est né en 1992 à Tahiti. Il a appris le golf à Atimaono, alors qu’il n’avait que 8 ans. Il garde un souvenir fort de son premier professeur, Jean-Luc Geronimo. Aujourd’hui, c’est le seul international polynésien de golf. Rencontre avec ce jeune homme qui a la tête sur les épaules pour mieux comprendre le golf à haut niveau.

 

Mahatua a quitté Tahiti en 2011 pour poursuivre ses études au Canada. Là, il a rejoint l’UDEM, Université de Montréal, où il a intégré l’équipe de golf. C’est à Montréal qu’il a pu voir ce qu’était réellement le management sportif et la préparation des sportifs pour le haut niveau. En 2013, il arrive à Nice, désormais son point d’attache pour l’Europe, lieu de repos et d’entraînement. Son objectif aujourd’hui ? Progresser, encore et toujours. Car le constat est le suivant : « Un excellent niveau à Tahiti n’est qu’un bon niveau ailleurs. »

Dans sa quête d’exceller, il a mis du temps à bien s’entourer. Il a la chance désormais de compter sur son entraîneur fédéral, Jean-François « Jeff » Lucquin. Avec lui, tous les jours, il apprend ce que c’est que le monde du haut niveau : le swing ? Non. Le petit jeu ? Non plus. Jouer avec sa tête, c’est le secret. Il a la chance de s’entraîner avec un groupe de joueurs pros. La rivalité existe, mais dans un bon esprit : tous se tirent vers le haut.

Mahatua s’est également adjoint les services d’un préparateur physique. Il l’avoue lui-même : « les salles de sport, ce n’est pas vraiment ma passion ». C’est pourquoi il y va, méthodique, chaque matin à 7h. Car être golfeur pro, c’est avoir une condition physique parfaite. C’est essentiel pour progresser. Mahatua s’est également entouré d’une psychologue, de façon à mieux cerner son état d’esprit, sa motivation, ses doutes, ses remises en question. C’est aussi important pour progresser que de gagner en niveau de jeu.

A la question « Quelle est la différence entre un pro et un amateur », la réponse est claire : « Apprentissage, entraînement, travail, encadrement, tout est plus complet que dans le monde amateur ». L’implication aussi : « Chez les amateurs, on ne s’entraine pas tous les jours. En tout cas on n’est pas obligés. Chez les pros, il faut y aller, même quand on n’a pas envie. Tous les jours. Car ton métier, c’est pro de golf. On ne compte pas ses nombres d’heure. 8h du matin à 19h ? Parfois moins, parfois plus ? Peu importe.

 

Mahatua, as-tu nourri d’autres rêves que celui d’être golfeur professionnel ?

Jamais. En fait, si mes parents ne m’avaient pas poussé à poursuivre des études, j’aurais arrêté l’école plus tôt. Maintenant, la vraie question est : ai-je le niveau pour être pro ? C’est une autre histoire, ponctuée par des joies, des échecs, de l’énervement, le quotidien d’un pro.

 

A quel niveau pro joues-tu en 2019 ?

Cette année, je joue une full category, avec l’accès à tous les tournois de la 3e division européenne. J’espère intégrer la pleine division en 2020. En 2018, j’ai voulu faire le plus de tournois possible. Pas cette année : 25 tournois, sur un seul circuit et peut-être juste 4 ou 5 majeurs sur d’autres circuits, pour rester bien concentrer sur la 3e division.

Mon objectif est de terminer dans les 5 meilleurs et ainsi d’accéder directement à la 1ère division. Sinon, sans regret, de monter en 2e division, qui est déjà magnifique : les dotations sont meilleures et les points à gagner pour le classement mondial comptent.

 

Comment accède-t-on à une full category ?

Simplement en participant à un tournoi « carte d’accès » : durant 4 jours voire plus, les joueurs sont jugés sur leur niveau, en fonction de la division qu’ils visent. S’ils sont validés, ils peuvent alors avoir accès à tous les tournois, une « full category ». Une fois ce droit d’accès en poche, au joueur de faire des bons résultats, de gagner de l’argent, de grimper au classement mondial ou européen, mais aussi de trouver des sponsors, etc. La vie d’un pro.

Au bout du chemin, l’objectif est de faire partie des meilleurs Européens de la 1ere division, de façon à entrer sur le tour PGA USA et ainsi rejoindre les 50 meilleurs joueurs du monde.

 

Qu’est-ce qui fait la différence entre un excellent joueur pro et un champion ? Autrement dit, qu’est-ce qui te sépare d’un joueur comme Rory MacIllroy ?

En fait, on n’a tout d’abord pas le même physique, cela joue. On n’a pas les mêmes moyens de préparation. Je l’ai dit, et c’est important, c’est très compliqué de bien s’entourer pour pouvoir progresser. Cela a un coût non négligeable. Les champions ont une équipe parfaite.

Leur expérience joue aussi, c’est évident. Il faut noter que la différence de niveau de préparation entre les USA et l’Europe s’est équilibrée.

 

Et au fenua, a-t-on les armes et les outils pour former des futurs pros ?

A Tahiti, comme je le disais plus haut, un excellent joueur est juste bon ailleurs. Alors, si vous êtes bons, partez à l’étranger. A Tahiti, il n’y a que deux parcours. Exportez-vous. Entraînez-vous avec d’autres : il y a toujours meilleur que soi. Jouez des tournois le plus tôt possible. Il faut connaître et dompter cette sensation particulière de jouer en tournois, pour se faire à l’idée, voir l’attitude des autres. Enfin, deux conseils essentiels : ne jamais arrêter de prendre des cours de golf et se faire suivre de près.

 

Rajouterais-tu un conseil pour nos jeunes champions qui liront cette interview ?

Quelles sont les bonnes qualités d’un golfeur ? La persévérance, avec un recentrage permanent sur soi et une forte personnalité ?

1. Savoir qui on est : le golf reflète beaucoup notre vie de tous les jours. Alors, il ne faut pas se mentir et faire un golf qui nous ressemble, en acceptant ses points forts comme ses points faibles.

2. La 2e qualité essentielle est la patience. Pourtant je suis impatient comme c’est pas permis. Mais j’ai appris à être patient. Cela inclut savoir rester calme.

3. Enfin, ne pas perdre de vue ses objectifs. Etre golfeur, c’est une discipline, une nutrition particulière, une hygiène de vie. Ne pas aller à la pêche quand on doit aller s’entraîner. Savoir ce que l’on veut et s’en donner les moyens.

 

On a toujours l’impression que le sportif de très haut niveau vit un rêve. Est-ce le cas ?

Oui, c’est vrai. C’est dur de vivre de sa passion et de faire ce qu’on aime, mais oui, c’est une réelle chance. Je participe à beaucoup de Pro Am, ce qui permet de payer quelques factures. Grâce au sponsoring, les inscriptions aux différents tournois sont allégées. Mais c’est dur aujourd’hui de trouver des sociétés qui acceptent de soutenir un sportif. A mon niveau, pour avoir une équipe au complet, performante, et être serein en arrivant aux tournois, sans se poser la question de comment payer la prochaine facture, il faudrait 80 000 euros par an.

 

T’est-il arrivé d’avoir eu envie de tout arrêter ? Est-ce que tes parents te soutiennent ?

Quand une compétition s’est mal passée, bien sûr, ça effleure l’esprit. Puis le jour d’après, ça se passe mieux, et on se dit alors que ce serait dommage d’arrêter après tout le chemin parcouru. Quant à mes parents, oui, ils me soutiennent, ils sont enthousiastes pour moi… et en même temps ont peur pour l’avenir.

 

T’es-tu mis une dead line ?

Non, surtout pas. se mettre une deadline serait négatif Golfiquement ou en dehors du golf, tout peut être chamboulé, c’est la vie. Pour l’instant le golf fonctionne, restons positifs.

 

 

Mahatua, raconte-nous une journée d’entraînement type.

Je m’entraîne du mardi au dimanche. Lever vers 6h.

Séance de 1h30 de sport, 3 fois par semaine, toujours de 7h à 8h30 (comme je l’ai dit, ce n’est pas mon fort, et je sais que si je devais la garder pour le soir, après 10 h d’entreîanement de golf, je n’irais pas !) :

- 1 séance haut du corps,

- 1 bas de corps

et 1 spéciale golf.

9h au golf. Practice, putting green et chipping (où je passe beaucoup plus de temps qu’au practice).

12h- 13h pause.

Parcours l’après-midi. Jouer, matcher, faire du score, en 9 ou 18 trous. Si c’est 9 trous, c’est que ça se passe mal, donc retour au practice. 18 trous, ça se passe bien, mais on retourne quand même au practice pour décrasser.